Coco Fronsac, Retour au Pays des Anciens Rois

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Coco Fronsac nous a habitués, parfois au risque de se faire taxer d’appropriation culturelle, à l’utilisation de tout ou partie d’oeuvres de ces  » arts premiers  » qu’elle admire tant, en les intégrant sur des photographies anciennes ou d’autres supports.

Le résultat de ce détournement est toujours surprenant, drôle souvent, parfois dérangeant.

À l’occasion de la Saison Béninoise 2021 à la Galerie Vallois, l’artiste a créé une série inédite en hommage aux œuvres du palais de l’ancien royaume d’Abomey, butin de guerre de l’expédition punitive du général Dodds en 1892, qui seront très prochainement rendues à leur pays d’origine.

 

L’exercice n’est pas simple. Cette restitution a suscité de profondes interrogations sur le principe d’inaliénabilité du patrimoine de la part du monde des musées.

Inversement, les Africains y voient une première victoire sur la récupération de leur patrimoine. La période n’est guère apaisée.

Avec Coco Fronsac tout a une dimension ludique, et jouer avec ces regalia et autres artefacts royaux peut ne pas être compris par tous.

Mais chez elle, le jeu n’exclut pas le sérieux et le pouvoir d’enchantement. C’est avant tout le merveilleux que ce jeu interpelle et qu’elle tâche systématiquement de susciter.

Elle joue à faire apparaître un monde onirique qu’il ne faut pas prendre à la légère.

 

Elle a ainsi choisi, dans les portes du palais, des motifs qu’elle a plaqués sur une série de portraits qui, en partie dissimulés par les symboles d’Abomey, paraissent songer à ces choses qui s’en iront bientôt.

Une autre série utilise les trois grandes statues royales. Celle mi-homme mi-oiseau bardée de fer de Ghézo (1818-1858), celle mi-homme mi-lion de Gléglé (1858- 1889) et enfin celle mi-homme mi-requin de Béhanzin (1889- 1894).

Chacune dissimule en partie un militaire. Le message peut être à double sens : c’est le prédateur colonial qui s’en empare, mais aussi la statue elle-même qui s’échappe pour s’en retourner au pays.

 

La tragique histoire de ces sculptures, sans doute les plus emblématiques de ce royaume disparu, est ainsi poétiquement résumée.

Coco Fronsac a aussi voulu évoquer un autre royaume, celui du Bénin, qui à l’instar de celui d’Abomey et à peu près à la même époque, en 1897, a succombé au colonialisme triomphant des Britanniques.

Le butin a rassemblé des centaines de pièces, surtout des éléments architecturaux de bronze qui ont été dispersés de par le monde et on fait entre autres la réputation des salles africaines du British Museum et du musée d’ethnographie de Dalhem près de Berlin. Coco Fronsac s’est surtout inspirée des plaques représentant les Oba, souverains tout puissants. De ces somptueux bronzes à la cire perdue où la figure royale en ronde bosse se détache sur un fond travaillé, souvent orné de motifs floraux, elle a créé des œuvres graphiques très simples ne conservant que le personnage, juste dessiné à l’encre noire, ce qui n’enlève rien à sa majesté et renforce au contraire le hiératisme de la figure.

 

De ces mêmes représentations d’Oba, elle a su tirer tout autre chose. Ce sont de petites pièces pour lesquelles elle a utilisé des photographies au format  » carte de visite « , si prisées à partir de la seconde moitié du xixe siècle et qu’on réunissait en albums.

Elle a choisi des portraits de communiantes un peu passés et, sur ces petites épouses du Christ de blanc vêtues elle a réitéré en miniature les figures d’Oba, qui, oblitérant leur support, prennent des allures d’ectoplasmes. Le merveilleux est de retour.

En outre elle a transformé ces images si emblématiques d’une société occidentale chrétienne triomphante en faire-valoir d’une culture païenne qui lui était étrangère et qu’elle voulait assujettir.

Ainsi rien n’interdit d’y voir le message du triomphe des anciens vaincus.


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